

La participation de Jean-Câlin
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il semble
nécessaire de clarifier ce qui doit l’être. Tout d’abord,
le document sonore ici présent n’a officiellement jamais
existé. Il a été enregistré en prison par
Mark Chapman, au cours de deux sessions organisées entre le 15
et le 30 octobre 1983. Les conditions d’enregistrement restent
obscures, mais le son de ce document laisse penser que le
matériel utilisé devait être celui de KCBOP. Cette
radio régionale de l’état de New York a fermé
l’antenne le 16 janvier 1975, le jour où les dirigeants,
animateurs et auditeurs (qui, en fait, étaient une seule et
même personne, monsieur Clarke Wagner) se sont mis d’accord sur
le fait que le bop c’était ringardos, et que le disco,
ça, ça balançait hyper bien. Pour ce qui est de
l’équipe ayant collaboré avec Chapman, seul le nom de
Jefferson O’Flaherty (dit « le soudeur du Wisconsin ») nous
est parvenu à ce jour, le CIA ayant créé un
black-out complet sur cette affaire. O’Flaherty avait des rudiments
d’arrangeur musical et de producteur, car il avait acheté un
transistor le 15 juin 1957. Toutes ces précisions sont
néanmoins à prendre au conditionnel. Tous les exemplaires
de l’album de Chapman ont été détruits dès
janvier 1984 par le gouvernement, et l’affaire a été
officiellement classée par les services gouvernementaux le 10
mars de la même année. Malheureusement, le travail n’a pas
été fait à fond, et il est resté un
exemplaire de ce disque. Raconter en détail son histoire et son
parcours serait par trop fastidieux, mais voici comment je suis
entré en sa possession.
Une nuit que je marchais dans les favelas de
Macao, je me suis fait agresser par des nourrissons en manque de crack.
Après une bagarre à la lame de rasoir, je les ai
laissés sur le carreau, et, alors que j’allais acheter un litre
de Murnacaõa pour oublier la violence d’un monde devenu fou, une
vieille prostituée borgne m’a interpellé : "Señor
Lavilliers, j’aime beaucoup vos chansons, surtout Le temps béni des colonies.
Laissez-moi vous faire un cadeau…" Elle s’était mépris
sur la personne, mais il bouillonne en mes veines du foutre en fusion,
et j’ai décidé de la suivre. Arrivés dans le
cageot qui lui servait d’abri, alors que je commençai à
arracher ses hardes, elle m’arrêta : "Non, señor
Lavilliers, aujourd’hui c’est dimanche, et je ne laisserai personne me
détourner de mon devoir de catholique, pas même l’auteur
de Mon vieux." Je me
préparai alors à la violer lorsqu’elle me tendit un
disque à la couverture souillée par les âges. Il
s’agissait de Mes meilleurs
succès, le disque de Mark Chapman. "Por favor, señor Lavilliers,
pouvez-vous faire une dédicace « pour Pampita,
amicalement » ? Je le vendrais
au marché noir pour un gramme de cocaïne." En
mélomane averti, je la poignardai et pris le premier avion pour
Paris, gardant contre mon torse le trésor inestimable.
C’est de ce disque qu’est extrait Ma vérité. Il est
à noter qu’à deux reprises interviennent des extraits du
premier procès de Mark Chapman, dont le jugement a
été remis en cause par Yoko Ono, qui a fait appel et a
réussi à mettre Chapman sous les verrous pour le restant
de ses jours.
La
chanson
Ma vérité
(Chapman/Chapman, Wild Turkey
Records, tous droits réservés)
Premier mouvement : un juste mis au
rang des assassins
"- Accusé Mark Chapman, levez-vous. Vous êtes
accusé du meurtre de John Lennon. Vous avez décidé
d’assurer vous-même votre propre défense, qu’avez-vous
à déclarer ?
- Oh non eh, c’est même pas moi…
- Monsieur Chapman, le « Oh non eh c’est pas moi »
n’est pas considéré comme une défenses valable.
Racontez-nous les faits.
- Bon… On avait beau temps, le soleil brillait, mais
malheureusement il faisait nuit. Mais c’est l’intention qui compte. Ma
maman me disait toujours qu’il faut voir le bon côté des
choses dans la vie… Donc je l’ai attendu devant son hôtel, et
j’ai tué John Lennon… C’était assez facile en fait…
Ça a été assez rapide en fait et c’était
plutôt rigolo à voir. Mais bon, après, tout le truc
avec la police et les gens qui veulent me tuer, j’ai un peu moins
aimé.
- Qu’en est-il de vos mobiles, monsieur Chapman ?
- J’ai toujours eu un problème avec la cuisine japonaise,
donc pour crier ma haine à la face du monde, je me suis dit que
tuer John Lennon ça serait un moyen comme un autre, et donc je
l’ai fait, parce que fallait bien que je m’occupe et comme ça
pendant ce temps là au moins j’étais pas au bistrot…"
Deuxième
mouvement : adieu, John Lennon
Que s’ouvre la cérémonie protocolaire de
l’enterrement de monsieur John Lennon.
C’est sous une pluie battante que s’avance le
cortège funèbre. Toute le monde descend du sous-marin
jaune et la fanfare des cœurs solitaires du sergent Pepper entonne une
marche funèbre. Voici que s’avance Bungalow Bill… Hey Bungalow
Bill, qu’as-tu tué ?... On me fait signe que Bungalwo Bill a
tué sa mère… Elle était trop lourde pour lui mais,
Bungalow Bill, mon garçon, il va falloir porter ce
poids…Êtes-vous triste au moins ? Apparemment non, car le bonheur
c’est un flingue chaud… Voici maintenant Eleanor Rigby, elle est de
tous les enterrements, de tous les mariages, ici, là-bas et
partout… Voici le docteur Roberts… Il distribue aux spectateurs
éplorés de petits confettis mais… Que voici un manque de
jugeotte peu commun, ils les mangent et ils se mettent à danser
! Mais voici qu’arrive enfin l’arrivée la plus attendue…
C'est-à-dire que Sa Majesté vient d’arriver en bout de
tapis, elle est accompagnée de la garde royale. La foule
s’échauffe… Oh mon Dieu ! La reine fait donner la garde sur eux
! Notre cadreur Jojo essaye d’avoir les meilleures images, attends,
recule, Jojo !
Troisième
mouvement : justice !
"- Monsieur Chapman, avez-vous quelque chose à
déclarer avant la délibération du jury ?
- Monsieur le président, si vous le permettez,
j’aimerais m’exprimer en chanson.
John Lennon portait lunettes longues
et cheveux ronds
John Lennon était une menace pour la nation
Si j’ai tué, c’est par amour de mon prochain
Sans John Lennon, la terre tournera plus bien
Trois balles dans le dos
Pour un monde plus beau
- Au diable les délibérations des jurés, monsieur
Mark Chapman, vous êtes acquitté !"